Qu’est-ce que les Yama et Niyama ?

Les Yama et Niyama sont les 2 premiers des huit membres du Yoga (Ashtanga Yoga).
Ce sont des règles de vie qu’il est conseillé de mettre en place dès que l’on commence la pratique du Yoga.
Ce sont de très puissants outils de développement, qui visent à pacifier le mental.
Un mental calme est la condition pour que la conscience puisse accéder aux différents niveaux de la Réalité,
Les Yama et Niyama :
les fondations du yoga
Quand on parle de yoga, on pense spontanément aux postures. Pourtant, dans les Yoga Sūtra de Patañjali (un des textes fondateurs du yoga), les postures ne sont qu’une des 8 étapes de la pratique du Yoga.
Avant même de chercher à se renforcer, à s’assouplir ou à soulager son dos, le yoga propose un cadre intérieur : les Yama et les Niyama. Ils constituent les fondations, sans lesquelles la pratique posturale est une simple gymnastique uniquement orientée vers la performance physique. Avec les Yama et les Niyama, la pratique prend du sens. Elle devient stable, cohérente et durable.
Que nous en soyons conscients ou non, nos émotions positives (joie, passion amoureuse, enthousiasme, curiosité … ) et surtout nos émotions négatives (peur, tristesse, colère, avidité, culpabilité, jalousie, … ), perturbent notre équilibre et modifient nos comportements. Alors même que nous voudrions agir d’une certaine manière, nous constatons une incohérence entre nos pensées et nos actions, entre nos valeurs et nos attitudes. Cette « dissonance cognitive » existe chez presque tout le monde et engendre une perte d’estime de soi et de la souffrance.
Pour tenter d’échapper à cette souffrance, nous cherchons des divertissements, des occupations (travail acharné, sport à outrance, conflits avec notre entourage – une des grandes occupation ! – des jeux, etc. …). Nous recherchons des consolations qui de manière excessive mènent à des relations sans lendemain, à des excès de boissons ou de nourriture. Ces moyens pour « oublier », ne sont pas appropriés car la souffrance ne disparait pas, bien au contraire. Divertissements et consolations sont nécessaires pour alléger nos existences, mais doivent être contenus. Ils ne doivent pas engendrer d’attachements ni d’émotions inappropriées, qui à leur tour, vont entrainer de nouvelles crises et de nouvelles souffrances.
Le Yoga nous propose de rompre ce cercle vicieux par la pratique des Yama et des Niyama. Cette prise de conscience progressive va nous aider à modifier nos attitudes mentales et comportementales en nous réconciliant lentement avec notre nature profonde, qui est faite de joie, d’amour et de liberté.
L’idée est de transformer progressivement notre mental pour le libérer des émotions involontaires auxquelles il est soumis. Les émotions apaisées vont nous permettre d’agir plus calmement dans la vie, de moins réagir aux circonstances extérieures de manière incontrôlée, et finalement de nous rapprocher de notre vraie nature. On retrouve le paradoxe de la soumission à une discipline choisie, pour nous permettre de développer notre liberté.
La pratique des Yama et Niyama favorise aussi l’évolution des postures vers la pratique des âsanas. Réciproquement, les asanas vont nous aider à mettre en œuvre Yama et Niyama dans la vie quotidienne.
Les Yama :
notre relation au monde
Les Yamâ sont des règles éthiques de comportement. Ils concernent notre manière d’être en lien avec les autres et avec notre environnement. Ils influencent aussi directement la façon dont nous pratiquons le yoga. Ils ne sont limités ni par notre condition sociale, ni par l’endroit, ni par l’époque dans laquelle nous vivons. Tout le monde peut les pratiquer, en toutes circonstances.
Les Yamâ nous encouragent à restreindre nos désirs instinctifs. Dire cela aujourd’hui va à l’encontre de tous les signaux que la société nous envoie. Mais la société va-t-elle dans le sens de plus de paix et de bonheur de manière générale ?
Ahimsa – La non-violence
Ne pas nuire. Cela commence par soi-même.
Dans la pratique posturale, cela signifie ne pas forcer, admettre et respecter ses douleurs et les limites de son corps. Pour les personnes souffrant de tensions dorsales ou liées au stress professionnel, ce principe est essentiel : la progression passe par la justesse, non par l’intensité.
A un niveau supérieur, c’est la non-violence en pensée, en parole et en action. Absence de jalousie, d’à priori négatifs, ouverture aux autres et à l’amour inconditionnel.
Satya – Véracité, sincérité
Honnêteté avec soi-même.
Reconnaître son niveau réel, son état du jour, son énergie. Certaines séances seront plus fluides, d’autres plus exigeantes. La lucidité permet d’adapter la pratique au lieu de lutter contre elle.
A un niveau supérieur, c’est être vrai en toutes circonstances, voir les choses telles qu’elles sont, sans passer par le filtre déformant de nos préjugés et de nos émotions
Asteya – Honnêteté, non vol
Ne pas prendre ce qui ne nous appartient pas.
Dans une salle de yoga, cela peut signifier ne pas chercher à imiter son voisin ou les photos des magasines. Faire les postures sans chercher à avoir le corps (ou la beauté, la souplesse ou la force) d’un autre. Chacun est différent et avance à son rythme.
L’idée de rester honnête intérieurement et dans ses actes, conduit à la stabilité mentale et développe l’équilibre psychique.
Brahmacharya – L’équilibre dans l’usage de son énergie
Agir avec mesure (sans se restreindre à tout prix)
Savoir quand intensifier, quand ralentir. Une pratique efficace n’est pas une pratique excessive. L’équilibre protège le corps sur le long terme.
A un niveau supérieur, c’est rester conscient de sa véritable nature (qui est spirituelle). Cela vient naturellement avec la pratique du yoga. Les désirs physiques et l’attrait du monde matériel deviennent plus « fades » à mesure que le monde de l’esprit nous fait vivre de plus belles expériences.
Aparigraha – Le non-attachement
Ne pas s’accrocher aux résultats.
Le corps évolue. Les sensations changent. Accepter ces fluctuations évite frustration et tensions inutiles.
A un niveau supérieur, c’est entretenir une conscience d’être, c’est un état d’esprit calme et sans pensées parasites, conduisant à l’absence d’avidité, de désir d’acquérir et au détachement (sans rejet) de toutes choses. Disparition de l’idée que l’on possède des choses.
Les Niyama :
notre relation à nous-mêmes
Les Niyama concernent la discipline personnelle et l’attitude intérieure. Ils structurent la pratique et lui donnent de la profondeur.
Saucha – La clarté
Clarté du corps, de la respiration, de l’environnement.
Un espace ordonné favorise un esprit plus stable. Une respiration lente et attentive clarifie la posture.
A un niveau supérieur, c’est rester Établi dans son être intérieur (ou dans la pureté de son âme). Retrait des sensations physiques. Purification par prise de conscience des phénomènes d’attraction / répulsion, des attentes et des peurs.
Santosha – Le contentement
Apprendre à apprécier ce qui est là, maintenant.
Développer le contentement dans l’inconfort momentané, choisi et accepté. Ne pas attendre d’être “plus souple” ou “sans douleur” pour se sentir satisfait. Cette attitude transforme profondément l’expérience vécue sur le tapis.
A un niveau (très) supérieur, c’est pratiquer un état de joie intérieure, l’équanimité en toutes circonstances, quels que soient les plaisirs ou les souffrances physiques.
Tapas – L’engagement
La régularité et la discipline.
Les effets durables sur le dos, la posture et l’énergie ne viennent pas d’un effort ponctuel, mais d’une pratique constante. Même lorsque la motivation varie, la régularité crée la transformation.
C’est pour les adeptes : cultiver l’Ardeur, le feu intérieur, le zèle dans la quête spirituelle, l’autodiscipline, voire une certaine austérité (des jeunes, l’exposition au chaud ou au froid, etc. …)
Svadhyaya – L’étude de soi
Observer ses schémas, ses réactions, ses zones de tension.
Le tapis devient un lieu d’exploration : comment je respire lorsque l’effort augmente ? Où est-ce que je me crispe ? Cette observation fine développe l’autonomie.
L’étude de soi passe par l’étude des Écritures et des textes sacrés. Pour trouver le chemin, Nous devons nous appuyer sur l’expérience des yogis qui nous ont précédés.
Mais il s’agit surtout de l’expérimentation, de l’observation sur soi-même, des effets des différentes pratiques du Yoga (yama, niyama, asana, pranayama, …) et de leurs exercices répétés sur une longue durée.
Ishvara Pranidhana – Le lâcher-prise
Faire de son mieux, puis accepter.
On ajuste avec précision, on progresse tranquillement, on renonce à tout contrôler. Ce relâchement mental apaise autant que le travail physique.
Pour les yogis engagés, c’est l’abandon de soi au Soi suprême, à la Réalité intemporelle, à l’origine de tout être et de toutes choses, à « la cause sans cause »… Acte de foi dans la recherche spirituelle, dans la Vie et dans la Conscience universelle vers laquelle les chercheurs zélés tentent de se rapprocher.
Une application concrète
dans la pratique
Dans une approche structurée et progressive du yoga, attentive à l’alignement et à la justesse des postures, ces principes prennent un sens très concret.
- Respecter ses limites évite les blessures.
- Reconnaître son état du jour permet d’adapter l’intensité.
- Pratiquer régulièrement construit la stabilité.
- Observer sans jugement développe la conscience corporelle.
- Accepter les étapes du chemin réduit la tension mentale.
Les Yama et Niyama soutiennent ainsi une pratique précise, sécurisante et durable.
Ces principes ne sont pas des règles morales rigides, mais plutôt des repères. Ils nous aident à réduire les tensions inutiles — dans le corps comme dans l’esprit — et à cultiver une relation plus équilibrée à nous-mêmes et aux autres.
Le yoga ne transforme pas seulement la posture, mais aussi la manière dont nous habitons notre quotidien. Les progrès les plus profonds sont souvent discrets : un dos plus stable, une respiration plus calme, une réaction moins impulsive, une capacité accrue à nous adapter à notre environnement.
